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Maroc Al Hoceima : Après le séisme, le Makhzen

Al Hoceima : Après le séisme, le Makhzen

Faute de local, les chargements
d'aide sont stockés à l'extérieur
D’un côté, rigidité administrative, mentalité makhzénienne paralysante et cafouillages en tous genres. De l’autre, des associations qui dépensent beaucoup d’énergie… et une population qui se débrouille. Une enquête de Laetitia Grotti

"Nous ne nous serions jamais attendus à une solidarité nationale aussi forte et à une mobilisation pareille, témoigne cet habitant d'Al Hoceima. Vous savez, avant, les Rifains avaient une vision très négative du reste du Maroc. Dorénavant, nous n'aurons plus la même image des autres Marocains. En

revanche, notre opinion vis-à-vis des autorités n'a pas changé". Et, peut-être parce que la gestion de la situation a été placée sous son autorité et, de fait, les différents services de l'État : gendarmerie, armée, protection civile… la Fondation Mohammed V semble pâtir de cette même image désastreuse. Certains parlent d'incompétence, de non préparation, d'autres de mauvaise connaissance du terrain et, dernière accusation mais non des moindres, de récupération d'aides. Ces jugements, lapidaires, ne sont malheureusement pas l'expression d'un seul individu, rendu amer par 40 ans d'ostracisme. Nombre de personnes rencontrées sur place les partagent. Pourtant, il faut rendre à César ce qui est à César. "Le premier bilan, qui ne peut être que provisoire (il couvre la période du 24 février au 9 mars), s'établit à 8 millions de dirhams d'aides accordées par la fondation", déclare Zoulikha Nasri, membre la plus en vue de son conseil d'administration. "Nos administrateurs, CNCA, BCP, ONAREP, Maroc Telecom, ONEP, etc. ont joué le jeu en nous accordant ces aides soit en espèces, soit en nature. Nous avons ainsi pu acheter et distribuer des tentes, des vêtements, des couvertures, des vivres, des médicaments. Mais, nous sommes également présents au plan de l'appui médical avec la mise en place de 3 unités mobiles, de 15 équipes médicales qui circulent dans toute la région, de 360 assistantes sociales. De même que nous agissons sur le plan de l'hygiène. Nous avons acheté des doses antirabiques, installé des latrines ambulantes (les fixes devraient être très prochainement installées), acheté des poubelles, des bennes, un camion hydrocureur… Enfin, l'accompagnement social, notamment vis-à-vis des orphelins". Le bilan, provisoire, est de 120 orphelins, d'ores et déjà déclarés Pupilles de la nation par Mohammed VI. Alors, pourquoi un tel ressentiment sur le terrain ?

"Méthodes de brigands"
Dans les tout premiers jours qui ont suivi la catastrophe, les autorités locales ont semblé, non seulement dépassées par l'ampleur du séisme, mais plus préoccupées par l'organisation de la visite royale qui a finalement eu lieu le 28 février. Du coup, leurs actions de distribution ne sont devenues visibles qu'après cette date. Or, ce retard à l'allumage a eu un effet désastreux en terme d'image. D'autant qu'entre temps, les associations locales, telles de petites fourmis, ont pu travailler et pallier les insuffisances des autorités publiques et communales en apportant les premiers secours de proximité aux populations encore choquées et traumatisées. Connaissance du terrain, des habitants, de la langue ont été autant d'atouts pour recenser les besoins, s'organiser et acheminer l'aide. Mais, cette efficacité face à l'attentisme dont ont fait preuve les autorités au début n'explique pas tout. Surtout pas les accusations de récupération d'aides. De quoi s'agit-il ? Tous ceux qui ont pu se rendre sur place ont entendu les mêmes témoignages, tant des associations locales faisant partie des deux coordinations, que des ONG étrangères. "Nous avons des camions de plus de 30 tonnes qui nous arrivent de l'étranger, envoyés par des associations amies ou de simples particuliers, qui sont 'captés' par la Fondation", explique Ahmed Belaïchi de la coordination Al Amal. Le Dr Fernicha, de cette même coordination, ajoute concernant l'aide nationale : "Nous sommes obligés d'adopter des méthodes de brigands pour que l'aide que nous attendons nous parvienne et que nous puissions l'acheminer et la distribuer aux douars les plus reculés. On déroute nos camions sur des routes secondaires pour qu'ils rencontrent le moins de barrages possibles". Quant à Youssef Haji, permanent de l'Association des travailleurs marocains de France (ATMF), il ne décolère pas. Présent à Al Hoceima depuis une semaine pour réceptionner l'aide envoyée par les associations du réseau ATMF et la distribuer aux douars les plus reculés, il passe son temps à solutionner des situations abracadabrantes. "Au départ, notre mission était simple. Apporter aide et réconfort et assurer le suivi des dons, car nous avons des comptes à rendre aux donateurs. Or, nous passons plus de temps à régler des problèmes administratifs surréalistes qu'à faire ce pour quoi nous sommes venus". Qu'est-ce à dire ? Tout simplement, et malheureusement, que séisme ou pas, le Makhzen reste le Makhzen.

Bénévoles à bout de nerfs
Ainsi, mercredi 25 février, soit le lendemain du tremblement de terre, une ONG espagnole qui travaille habituellement avec le syndicat des médecins privés d'Al Hoceima, envoie un camion rempli de médicaments. À Tanger, les douaniers leur donnent le choix : soit ils signent une décharge en faveur de la Fondation Mohammed V, soit ils dédouanent leurs marchandises (comme s'ils avaient l'intention de les vendre) soit ils rebroussent chemin avec le contenu de leur véhicule ! Plutôt rafraîchissant comme accueil ! Si Zoulikha Nasri se défend d'avoir jamais entendu parler de tels cas, elle confirme cependant qu'en matière d'aides internationales, tout doit passer par une fondation ou une association d'utilité publique. La raison est des plus simples, c'est tout simplement la loi. Or, sur le terrain, seules les associations d'entraide sociale et la Fondation Mohammed V jouissent de ce statut. Si ce centralisme n'est nullement contesté par les associations locales, les méthodes employées vis-à-vis de personnes ayant spontanément répondu à la détresse des gens du Nord sont, quant à elles, vertement critiquées. Tout simplement parce qu' elles entravent rapidité d'action et efficacité, pourtant indispensables dans une situation aussi exceptionnelle.
Samedi 6 mars, deux camionnettes de Genevilliers (banlieue parisienne) arrivent au port de Nador. Elles sont acheminées par trois jeunes de la ville, originaires de Temsamen. Tout contents de manifester leur solidarité à l'égard de leur région, ils connaissent une déconvenue de taille. Au port, on informe ces jeunes des termes de la loi marocaine. S'ils veulent que leur aide parvienne aux habitants, il leur faut donc signer une décharge en faveur de la Fondation Mohammed V. Ce qu'ils refusent puisque leurs dons sont nominativement adressés à la coordination Al Amal. Ils feront finalement contre mauvaise fortune bon cœur puisqu'il s'avère que c'est la seule solution pour sortir de la zone portuaire. Les portes des camions sont alors plombées et leur passeports retirés. Bienvenue dans le plus beau pays du monde ! Après 3 heures de négociations, menées au bout du fil par Youssef Haji, les gendarmes acheminent les véhicules jusqu'à Al Hoceima où ils arrivent à 22 heures. Mais là, plus de gendarmes, ni de douaniers, ni de passeports. À bout de nerfs, le représentant de l'ATMF appelle alors à 1 heure du matin le gouverneur d'Al Hoceima qui, compréhensif et "manifestant une qualité d'écoute indéniable", promet de régler le problème. Une heure plus tard, nos bénévoles négocient toujours au téléphone avec un responsable des douanes, qui propose, sans rire, de repartir à l'aéroport de la ville et de refaire les formalités douanières. 20 minutes après, les douaniers arrivent, réclament le bordereau signé à Nador et exigent le retour des camionnettes au dépôt de la fondation. Rebelote, discussions, négociations, téléphone entre administrations. Il est 3h30 du matin quand nos petits jeunes récupèrent leurs biens et leurs papiers. Entre temps, s'était présenté Mohamed Abdelwahab, 24 ans, de Grenoble à qui il est arrivé la même chose, à peu de chose près. Sportif connu dans sa région, il avait persuadé Decathlon de lui donner des tentes et du matériel neufs pour les sinistrés d'Al Hoceima. Il est reparti le mardi 9 mars sans avoir jamais revu son 39 tonnes, bloqué au dépôt de la fondation à l'aéroport et sans savoir si son aide aura ou non été utile.

La loi du Makhzen
Et les exemples de cet acabit sont malheureusement légion. Interrogée sur ces méthodes makhzéniennes, Zoulikha Nasri explique : "Les douanes ont joué le jeu. Les premiers jours, elles ont quasiment tout laissé entrer. Mais il faut comprendre que la fondation se portant garante, il est normal que nous ayons un contrôle sur ce qui entre dans le pays. Quand on connaît le contenu de la cargaison et l'association destinataire, il n'y a pas de problème. Ils signent la décharge pour la fondation et une fois au dépôt, nous leur rendons leurs dons pour distribution. En revanche, dès lors que l'on ne connaît pas l'association, c'est à nous de faire ce travail". Mais, elle conclut par ce mot pour le moins malheureux : "Nous refusons la friperie. Nous avons déjà une population traumatisée, nous ne pouvons l'exposer davantage à des risques sanitaires". Les donateurs étrangers et les bénévoles qui ont parcouru des milliers de kilomètres pour porter assistance apprécieront sûrement. Quant à savoir s'il existe des directives officielles ordonnant aux forces de l'ordre ou aux militaires de dérouter certains camions d'aides nationales ou internationales, destinées aux coordinations, vers l'aéroport d'Al Hoceima, elle confirme, simplement : "Effectivement, ces directives existent. Tout simplement parce que le dépôt de la ville s'est retrouvé très vite en surcapacité. Et que nous n'avions pas d'endroits où stocker des marchandises pour éviter les pillages. Depuis, nous avons créé 3 autres dépôts dont celui de l'aéroport, un autre à Al Hoceima, le dernier à 20 km de la ville". Soit. Mais, comment comprendre que de nombreux convois restent bloqués depuis des jours à l'aéroport, tandis que les habitants des douars les plus reculés n'ont toujours pas reçu les premières aides d'urgence - ce qui a le don de mettre en rage les associations ? Disposant de faibles moyens matériels, elles sont pourtant souvent les premières à porter les premiers secours dans ces "zones dites inaccessibles". Pour cet originaire de Taounate, cette expression fait sourire. "On y arrive bien nous. Je ne vois pas pourquoi la fondation, avec tous ses 4 X 4, ou les militaires n'y arrivent pas, ou si tard". Il semble, en effet, que hors du périmètre d'Imzouren et d'Aït Qamra, leur présence se fasse plutôt rare.

La détresse au quotidien
Lundi 8 mars, 15 jours après la catastrophe, deux bénévoles de la coordination Al Amal se sont rendus au douar Tala Youssef, où il n'y avait encore aucune tente. Une semaine avant, les 13 douars de la bourgade de Chakrane - l'une des plus reculées dans les montagnes et qui rassemble environ 12.000 habitants -, se sont vu distribuer les 300 premières tentes, grâce à la même coordination. Tandis que le deuxième convoi était acheminé… par la 2e coordination d'associations. Quelques jours avant, une femme avait dû accoucher sous des mika (sacs plastiques), faute d'unités mobiles ou autres équipes de secours. Heureusement pour elle, il n'y a neigé qu'une semaine après ! Face à cette détresse au quotidien, les méthodes employées par les représentants officiels de l'entraide sociale ne font que retarder inutilement l'acheminement et la distribution des besoins vitaux. "Hier soir (lundi 8 mars), on a finalement pu récupérer un camion qui nous était destiné, mais qui avait été dérouté vers l'aéroport par le Pacha, au motif qu'il ne nous connaissait pas", explique Saleha de Al Amal. "Résultat, il était trop tard pour l'amener jusqu'au douar Beni Bakkioua et comme nous n'avons pas de parking où le stationner, deux bénévoles ont dormi dedans. Ce n'est que ce matin qu'il a pu partir vers ses destinataires. Entre temps, nous avons perdu près de 24 heures". Mais il faut saluer l'intelligence quand elle se présente aussi. Comme lorsque le wali d'Oujda, après le déroutage d'un avion-cargo sur son aéroport, a débloqué la situation en un quart d'heure. Les camions ont été escortés jusqu'à Al Hoceima où on les a remis à leur destinataire : la coordination Al Amal. Malheureusement, ce type de comportements ne constitue pas encore la norme. Après le tremblement de terre de 1994, il semble que l'État n'ait pas d'archives et le Makhzen, pas de mémoire.

Maroc Lettre ouverte au ministre de l’Intérieur

Après la bastonnade des militants des droits humains… : Lettre ouverte au ministre de l’Intérieur


Mustapha Sahel, appelé à mettre
fin à des pratiques "barbares"
(Photo AFP)
À croire que nos dirigeants cherchent à nouer des liens privilégiés avec les ONG internationales de défense des droits de l’homme. Des liens d’un genre un peu spécieux puisqu’ils semblent ne pas avoir compris que moins elles parlaient de nous, mieux c’était. À peine le dernier rapport de la FIDH, épinglant sévèrement le royaume pour ses pratiques barbares, dans le cadre des procès du 16 mai, a-t-il été rendu public (TelQuel n°113), que nous voici de nouveau désignés à la vindicte internationale pour manquement grave aux principes élémentaires des libertés fondamentales. Ainsi, une lettre ouverte en date du 16 février et signée par Sidiki Kaba, président de la FIDH, et Eric Sottas, président de l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT), vient d’être adressée à notre
ministre de l’Intérieur, au nom de l’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’homme (1). La raison ? La répression utilisée en réponse à la manifestation pacifique organisée le 28 janvier dernier, par la coalition pour le droit aux soins et l’accès aux médicaments et celle pour la diversité culturelle (TelQuel n°114). Du coup, sont condamnées avec la plus grande vigueur les violences subies par Abdelhamid Amine et les autres défenseurs des droits humains et perpétrées dans le cadre de leurs activités, ce qui est contraire aux libertés fondamentales. Ainsi, l’Observatoire prie les "plus hautes autorités marocaines de veiller à ce qu’un terme soit mis à toute forme de menace et de violence à l’encontre des défenseurs des droits de l'homme". Comme il leur demande de se conformer aux dispositions de la déclaration sur les défenseurs des droits humains adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies le 9 décembre 1998, notamment son article 1, qui dispose que "chacun a le droit, individuellement ou en association avec d'autres, de promouvoir la protection et la réalisation des droits de l'homme et des libertés fondamentales aux niveaux national et international".

(1) L'Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l'homme est un programme conjoint de la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme (FIDH) et de l'Organisation mondiale contre la torture (OMCT)

Bouteflika mauvais joueur : Flambée de censure en Algérie

Bouteflika mauvais joueur : Flambée de censure en Algérie


Les révélations de Mohamed
Benchicou ont donné lieu à de nombreuses interpellations
"illégales" (Photo AFP)
Quand Mohamed Benchicou, directeur du quotidien Le matin sort un livre, le moins que l’on puisse dire c’est qu’il met en émoi le pouvoir algérien.

Maroc-Algerie , un couple tapageur

Société : Maroc-Algerie , un couple tapageur


Cette année, la frontière fêtera
10 ans de fermeture
Être Algérien et habiter au Maroc ou Marocain expulsé d’Algérie, on ne s’en sort jamais. On vit avec. Mais comment ? Amale Samie a fait le tour des préjugés, des histoires et des sentiments qui partagent et rapprochent ces frères ennemis.

L a finale de la Coupe du monde a connu la plus forte charge émotionnelle de tous les matchs, mais le match Maroc-Algérie, décrit par les journaux comme un "derby", a été un haut moment de passion. C’est qu’il y a un passif, avec nos frères, et l’idéal aurait été qu’il se règle chaque fois sur un terrain de football. D’autant plus que les brouilles et les orages reviennent régulièrement entre l’Algérie et le Maroc. Elles sont alimentées par des stéréotypes qui ont la peau dure. Au Maroc, on dit que les Soussis sont radins, les Fassis couards et les Oujdis, bornés et plus Algériens que Marocains, etc… Chez nos voisins, la tête de turc des Algérois, c’est l’Oranais (proche des frontières de Zouj Bghal) réputé vulgaire et même indécent quand il chante le

raï. Il n’y a pas de quoi en faire un drame. Je t’aime, mais je ne tolère pas ta différence, voilà le sentiment complexe qui préside à nos rapports.
Cela prouve au moins qu’Algériens et Marocains constituent un couple tapageur… et vivant. Sinon, ce ne serait qu’indifférence polie. La preuve, pour le petit peuple marocain, "Tounsi" veut dire "péquenot" et à Tunis, "El Merroki" est le Croquemitaine. Avec l’Algérie, c’est tout autre chose. D’abord parce que nous partageons un espace culturel et mental commun, allant de Taza jusqu’à Oran. Ensuite parce que nos deux peuples ont vécu plus protégés des Carthaginois et des influences orientales par la forteresse montagneuse amazighe des Atlas, ce qui n’est pas le cas de la Tunisie. Nos rapports avec les Algériens sont passionnels parce que nous sommes trop semblables, c’est un cliché, mais y a-t-il une autre explication ?
Il y a d’abord les vicissitudes de l’histoire. On peut faire commencer les scènes de ménage en 1844. Les Marocains disent qu’à la funeste bataille d’Isly, "on s’est fait casser la gueule pour l’Émir Abdel Kader", les Algériens disent qu’on "les a laissés tomber". La guerre de libération algérienne commence en 1954, et les Marocains la soutiennent. Mais comme il y avait des factions au sein du FLN, les Marocains se sont retrouvés dans le clan militaire algérien de Houari Boumediene dit "le clan des Marocains", auquel appartient aussi Bouteflika. Il était fatal qu’on se retrouve impliqués dans des querelles où nous n’avions rien à faire. En 1963, l’irréparable est commis. Les frères se sont battus pendant 4 mois. Irréparable, voire. Une bagarre de 4 mois, il y a 40 ans, laisse des traces (70.000 Marocains résidant en Algérie sont expulsés) mais la génération qui a vécu ce drame a passé. Ces mauvais souvenirs expliquent en grande partie la sympathie de l’Algérie officielle pour le Polisario. En 1975, le Maroc reprenait le Sahara et la brouille politique qui dure aujourd’hui encore a commencé cette année. Depuis, nous avons frôlé la rupture et la guerre à plusieurs reprises. Et ce dossier n’a pas fini d’envenimer les relations politiques entre les deux pays.
C’est en 1979 qu’on retrouve le foot, l’Algérie écrase le Maroc par 5 à 1 à Casablanca. Le public, traumatisé, mais sportif, applaudissait les meilleurs. Une défaite salutaire, on lui devra l’équipe nationale de 1986. Voilà pourquoi les Marocains considèrent que l’affront est lavé depuis les 3 à 1 infligés à l’Algérie à Sfax. En 1994, des attentats sont commis à l’hôtel Atlas Asni à Marrakech. Il y a des Franco-Algériens dans le commando terroriste. Le Maroc impose le visa d’entrée pour les Algériens qui ferment les frontières aussi sec. Et pour finir, lorsque les 6 gendarmes marocains occupent l’îlot Leila, l’Algérie publie un communiqué favorable à l’Espagne qui scandalise tous les Marocains. Plus que lorsque Bouteflika avait dit que le Maroc ne pouvait vendre que de la bimbeloterie et de la drogue, outrances dont écopent aussi les Algériens traités de flemmards, de fuyards, de traîtres et de chômeurs volontaires. Voilà. Le reste appartient aux peuples. Forte identité amazighe, similitude linguistique, contacts permanents depuis la nuit des temps, les deux pays ont même fait partie de l’Empire almohade. Mais si la fraternité est vivace, c’est surtout grâce aux familles mixtes. L’espoir est dans le camp des jeunes. Nous avons été étonnés que Feriel, Algérienne casablancaise, 17 ans, renvoie tout ce monde dos-à-dos : "Les Marocains manquent de franchise et les Algériens sont bornés". Feriel a suivi la finale de la CAN dans une famille marocaine. Elle est venue avec son drapeau et un maillot de l’équipe algérienne. Elle a pleuré avec ses hôtes à la fin du match. "Il n’y a pas la moindre hésitation pour moi. Je suis pour le Maroc parce que c’est plus mon pays que la Tunisie". Kamal, 20 ans, un jeune homme intelligent et d’ordinaire caustique devient plus sérieux dès qu’on l’interroge sur tout ça. C’est qu’il a obtenu la nationalité marocaine depuis une semaine à peine. Il a le même discours que les autres Algériens sur la tiédeur des rapports avec la Tunisie. "Avec les Marocains par contre, les rapports sont exacerbés. Malheureusement, j’entends trop souvent dire : 'chez toi, en Algérie, ils mangent même pas de viande, y'a rien à bouffer'… ou encore, 'chez toi, en Algérie, tu poses ton pied sur le tarmac de l’aéroport que t’es égorgé avant d’avoir compris'". C’est dur. Quand on lui fait remarquer que jusqu’en 1997 c’était un peu ça l’Algérie, il répond : "Oui, mais à chaque fois, la suite c’est : 'regarde chez nous, c’est stable, pas comme chez toi'. Chez moi, c’est ici, je me sens plus Marocain, ou plutôt plus Casablancais, qu’Algérien". Pourquoi Kamal a-t-il pris la nationalité marocaine ? "Je suis né au Maroc, j’y ai vécu toute ma vie. Mais je suis toujours Algérien, c’est quelque chose que je dois cultiver en moi. Malheureusement, avec la fermeture des frontières, on ne peut même plus voir sa famille". Pour un Marocain qui a des attaches avec l’Algérie, il est jubilatoire de rencontrer l’archétype de tous les Algériens dans les blagues marocaines. Il est bougon, entêté et râleur professionnel. Son langage est émaillé de blasphèmes, de jurons et de mots salés, très salés. L’une des meilleures, c’est celle de l’Algérien qui ne se résout pas à emprunter un cric à un pompiste alors qu’il a un pneu crevé. Ses hésitations le mettent dans une telle colère qu’il prend la courageuse résolution d’aller voir le pompiste, pour lui dire : "Ben, tu sais, ton cric, tu peux te le foutre où je pense !". Samir Benmalek, journaliste à Alger en est témoin (lire ci-contre), les Algériens n’ont pas peur des mots crus.
Officiellement, on en arrive parfois à dire dans l’une ou l’autre capitale : "On ne choisit pas ses voisins". Il n’y a pas de phrase plus négative.




Samir Benmalek
Témoignage*
Algériens coléreux et marocains mielleux

Je suis né au Maroc. Les Algériens et les Marocains sont rivaux, mais cette rivalité est toujours bon enfant. Nous nous ressemblons tellement qu'on finit par se jalouser les uns les autres. Cela n'est pas le cas, avec les Tunisiens. Pour les Algériens, les Tunisiens sont hypocrites, faux jetons. Il n'est pas rare d'entendre cette phrase dans toutes les villes d'Algérie, même dans celles qui sont frontalières avec la Tunisie : "Les Marocains sont comme nous". Il est vrai que les Algériens sont colériques, nerveux, usant d'un

langage sec, imbus de leur personne. Mais, à leur décharge, il faut reconnaître que c'est un pays qui n'a jamais été épargné par la violence. Quand je me rends au Maroc, je trouve les gens affables, polis, ayant le sens de l’accueil. J'ai beau chercher autour de moi, il n'y a pas de blague avec un Marocain dedans. Mais on dit : "Les Marocains sont trop beaux parleurs, il faut quelques fois s’en méfier". On a aussi cette image du voisin de l’Ouest : c'est celle d’un personnage mielleux. On ne comprend pas, par exemple, pourquoi cette profusion du mot "Sidi" dans son langage, pourquoi faire le baise-main ?

*Samir Benmalek, journaliste algérien ayant longtemps vécu au Maroc

Politique : L’homme qui a rêvé d’un Polisario marocain

Politique : L’homme qui a rêvé d’un Polisario marocain (avant d'en prendre pour 10 ans)


Mohamed Alouah : "L’Algérie a créé le Polisario pour nous déstabiliser, pourquoi ne pas créer notre Polisario
à nous pour la déstabiliser ?"
L'histoire surréaliste de Mohamed Alouah, président d'un parti inconnu, qui a déclenché une crise d’État entre le Maroc et l’Algérie. Par Karim Boukhari

L a nouvelle est tombée comme un couperet. Le vendredi 13 février, la chambre criminelle de la Cour d’appel de Rabat condamne Mohamed Alouah, en vertu de la loi anti-terroriste, à dix ans de prison ferme pour "constitution d'une bande criminelle et publication de fausses informations". Tous les présents sont surpris, tant par la lourdeur du verdict que par la teneur de l’audience. "Êtes-vous un homme sain d’esprit ?", demande la cour. "Oui", répond Mohamed Alouah. L’accusé explique les raisons qui l’ont poussé à créer le Front de libération de l’Algérie marocaine, ou F.L.A.M (lire encadré) :

"900.000 km2 du territoire algérien reviennent historiquement au Maroc. Cette étendue est peuplée de 11 millions de personnes, dont 4 millions sont d’origine marocaine. Le Front n’existe pas sur le terrain, ce n’est qu’une idée que j’ai lancée pour appeler au retour de ces Marocains à leur patrie-mère. En attendant la réaction des autorités marocaines, j’ai lancé l’idée d’une Marche blanche pour libérer Tindouf. Je ne suis pas un fou, mais un patriote. L’Algérie a créé le Polisario pour nous déstabiliser, pourquoi ne pas créer notre Polisario à nous pour déstabiliser l’Algérie ? Je revendique des actions armées en Algérie, mais c’est juste pour donner l’exemple. Je ne suis pas un terroriste". De tels propos conduiraient le citoyen lambda à l’asile plutôt qu’en prison. La défense a d’ailleurs tenté de jouer la carte du "désordre psychique" pour alléger la sentence qui pendait au nez de l’accusé. Mais Alouah n’est pas un citoyen lambda. Cet ingénieur-physicien de 62 ans, qui se présente aussi comme économiste, est théoriquement un chef de parti. Comme il l’expliquera devant la cour, le PLR a été créé en 2001 autour d’une quinzaine de personnes. Il figure parmi les nombreux partis créés à la veille des élections législatives de septembre 2002 et qui provenaient, pour l’essentiel, de scissions au sein des partis libéraux existants. Alouah, avant de faire cavalier seul, a été parmi les membres fondateurs du PML (Parti marocain libéral, créé en 2000 autour de Mohamed Ziane), qu’il a quitté avant même sa naissance officielle ! Le PLR, comme d’autres partis à l’existence plutôt virtuelle, n’a jamais obtenu son autorisation légale. Parce que, nous explique-t-on de source officielle, "les demandes pour la création de nouveaux partis poussent comme des champignons et, en attendant d’y voir plus clair, les récépissés ont été suspendus jusqu’à la promulgation de la nouvelle loi sur les partis".
Quand, en septembre 2003, Mohamed Alouah a eu l’illumination de créer le F.L.A.M, il n’imaginait certainement pas que cela lui vaudrait, quelques mois plus tard, un séjour prolongé dans les bras de Zaki (la prison civile de Salé). À l’époque, on sen souvient, le Maroc se réveillait difficilement de l’électrochoc causé par le dernier Plan Baker pour le Sahara. "Il faut faire quelque chose, répétait alors Alouah autour de lui, le Sahara risque de nous échapper". Ceux qui suivent toute l’actualité marocaine savent aussi que, quelques semaines auparavant, le même Alouah avait appelé, dans un communiqué officiel, l’ancien ministre de l’Intérieur, Driss Basri, à rejoindre les rangs de son parti ! "Je lui accorde déjà le titre de vice-président du PLR", ajoutait-il pour mieux étayer son offre. De même qu’il avait choisi la statue de la liberté de New York comme sigle illustrant le libéralisme de son "parti". Répondant à la règle de "jamais deux sans trois", Alouah tente alors une troisième folie. Armé du communiqué annonçant la création du F.L.A.M, il va jusqu’à lancer, pour la commémoration du 28e anniversaire de la Marche verte le 6 novembre 2003, la tenue d’une conférence nationale pour officialiser la Marche blanche vers Tindouf ! Curieusement, les délires d’Alouah passent inaperçus au Maroc. Il en est allé autrement en Algérie où le gouvernement de Bouteflika ira jusqu’à convoquer l’ambassadeur du Maroc à Alger, invité à s’expliquer sur la sortie d’Alouah. La tragi-comédie est relayée et montée en épingle par la presse algérienne qui y voit "la main de Mohammed VI revendiquant le territoire algérien, en souvenir de la guerre des sables de 1963". Le pauvre Alouah, lui, est dépeint comme un "leader politique à la solde des services marocains". Dans la foulée, un incident survenu près des frontières marocaines et qui aurait, selon des sources judiciaires marocaines, provoqué la mort de soldats algériens, coïncide avec une nouvelle déclaration du même Alouah appelant "à la constitution de milices combattantes pour mener des actions à l’intérieur du territoire algérien". Cet énième coup de bluff fera mal, très mal. Pour désamorcer la crise diplomatique avec le voisin de l’Est, les autorités marocaines ordonnent enfin, le 10 novembre, l’ouverture d’une enquête judiciaire sur Mohamed Alouah. Les interrogatoires réserveront leur lot de surprises. Loin de se démonter, le trublion ira, d’après des sources proches du dossier, jusqu’à demander 30 millions de dollars pour financer ce qu’il appelle le "Polisario marocain" ! Dérive ultra patriotique ou folie pure et simple ? Alouah plaide la bonne foi. Après tout, il y a bien eu, par le passé, un "front marocain pour libérer l’Andalousie musulmane" et, dans la foulée de la naissance du Polisario (le vrai !), un front, cette fois-ci espagnol, "pour libérer les îles Canaries"...
Avant le verdict du 13 février condamnant Mohamed Alouah, présenté en état d’arrestation, à 10 ans de prison ferme, les autorités judiciaires ont longtemps hésité sur la procédure à suivre. Initialement déféré devant le tribunal de première instance, l’accusé sera "refilé", comme une patate chaude, à la Cour d’appel spécialisée dans les grands dossiers du terrorisme. Son procès s’est d’ailleurs déroulé entre deux audiences réservées à deux nouveaux groupes accusés de terrorisme !





à l'origine… : Le communiqué coupable

C’est le 3 octobre 2003 que Mohamed Alouah a lancé, au nom du PLR, le communiqué suivant :

"Depuis 1975, les gouvernements qui se sont succédés au Maroc ont été incapables de résoudre, de façon radicale, le problème de nos provinces du Sud et de nos territoires actuellement occupés par l’Algérie. Ils ont tous cédé à la facilité, en croyant que le temps finira par régler tout seul, comme par enchantement, tous nos problèmes au lieu de chercher à créer les meilleures circonstances pour imposer notre droit aux yeux de nos détracteurs : nos voisins algériens, qui occupent impunément près de 900.000 km2 de nos terres (soit 38% des territoires actuellement administrés par l’Algérie) et aux yeux de la communauté internationale. Avec un pouvoir algérien criminel, totalitaire et hégémonique, formé d’anciens mercenaires de l’ère coloniale et de l’ère ottomane, la diplomatie marocaine est mal armée pour réussir là où il fallait utiliser d’autres procédés peu académiques. Il faut toujours combattre ses ennemis avec les mêmes armes mais avec d’autres techniques de combat. Devant cette situation, le président du Parti libéral réformateur (PLR), conscient des énormes sacrifices qu’il nous faut faire et des défis qu’il nous faut relever, annonce la création du Front de libération de l’Algérie marocaine, le F.L.A.M. Concernant nos 15.000 Sahraouis marocains séquestrés à Tindouf au camp Lahmada et nos 950 militaires emprisonnés depuis 28 ans à Tindouf, le F.L.A.M compte organiser, avec l’accord des autorités marocaines, une Marche blanche pacifique pour aller chercher nos frères et les ramener au terroir et ce, dans les prochaines semaines. Le F.L.A.M saura faire valoir nos droits sur tous nos territoires par tous les moyens dont il dispose, y compris par la force. Vive le Royaume du Maroc, vive le F.L.A.M !"

Signé Mohamed Alouah, Président du PLR, porte-parole officiel du F.L.A.M. (P.S : le Maroc vient d’entamer des négociations directes avec l’Algérie. Le F.L.A.M. pourrait peser sur ces accusations)

Maroc Années noires : Réparation financière contre réparation morale

Années noires : Réparation financière contre réparation morale

Thabo Mbeki (PADS)
L'Afrique du Sud a aussi sa commission "vérité et réconciliation". Son rapport final soulève plusieurs controverses. À méditer soigneusement… Par Laetitia Grotti

Maroc Football : Rouges et beurs

Football : Rouges et beurs

Moi, Marouane Chamakh, né en France, jouant à Bordeaux, de père footballeur, originaire d’Aïn Sebaa, décline l’offre des Bleus et choisit de plein gré de défendre les couleurs du Maroc. Ich, Youssef Mokhtari, ould Rif, parlant allemand, m’engage à bombarder les cages des équipes adverses, au nom du Maroc, pays des hommes libres. Moi, Youssef Hajji, ayant une pensée émue pour les Imazighen d’Ifrane, décide de porter le maillot du Maroc pour démontrer que je viens d’un pays de félins. Moi, Jawad Zaïri, trublion insaisissable, décide, sans que l’on m’y force ni qu’on me bassine de patriotisme béat à la RTM, de pointer du doigt ce Maroc que j’aime, à ma façon. Soy Moha Yacoubi, fils du Nord, hispanisé, retraverse le détroit, le cimetière des pateras, pour surfer sur la vague d’un exploit marroqui. Ana, Talal Karkouri, Rajaoui de souche, servant de rempart à Paris, monte la garde, dima, dima ...

Maroc Traite des blanches : Un réseau j’didi est tombé

Traite des blanches : Un réseau j’didi est tombé


Le Maroc est un pays émetteur de prostitution vers les pays du Golfe. Jusque-là, rien de nouveau. Ce qui est nouveau, en revanche, c’est que cela soit aussi le cas vers des pays du Moyen-Orient de même niveau de vie que le nôtre, sinon inférieur. Le tribunal de première Instance d’El Jadida a condamné, lundi 9 février, les membres supposés d’un réseau de traite des blanches à destination de la Syrie et de la Jordanie.

Maroc Assises du tourisme : Dryef sermone les taxis

Assises du tourisme : Dryef sermone les taxis


Les taxis menaçaient de faire grève
pendant les assises du tourisme…


Les assises du tourisme qui se sont tenues à Casablanca auraient pu être gâchées par les chauffeurs de taxi de la métropole.

Maroc Cinéma : Casa-Beyrouth sur grand écran

Cinéma : Casa-Beyrouth sur grand écran


Le cinéma Katorza, l'un des plus anciens de France, qui a accueilli
le festival du cinéma arabe
Nantes a accueilli du 4 au 8 février la sixième édition de sa semaine du cinéma arabe. TelQuel était présent à ce festival où, cette année, Maroc et Liban étaient à l’honneur. Par Maria Daïf